Page 14 Le Mexique, l'Apprentissage

 

En ce vendredi (ah non, pas un vendredi encore une fois, ça r'vient dont bien souvent - lolll!) 30 mars, on entame le premier tronçon, à partir de Jackson par contre, de la réputée Natchez Trace. Cette belle route asphaltée de 277km emprunte en partie plus ou moins l'ancien chemin des indigènes et des premiers explorateurs qui faisaient le commerce vers la fin du 17ième et les débuts du 18ième siècle. Originairement, c'était des sentiers qui avaient été tracés par le déplacement des bisons et des cerfs. Les indiens cherokee, choctaw et chickasaw se sont mis à les parcourir pour la chasse et ensuite les premiers colons se sont mis à les parcourir à pied ou à cheval, pour se rendre d'une place à l'autre. Le long sentier, originairement de 440 milles de long (708km) s'étendait de Natchez au Mississippi jusqu'à Nashville au Tennessee et était tellement utilisé qu'il s'est mis à pousser des haltes de ravitaillement, des comptoirs commerciaux qu'on appelaient stands, de petites auberges de passage, etc...

Mais vers 1800, l'armée des États-Unis (encore eux) ont commencé à utiliser ce passage comme itinéraire postal et ils se sont mis à défricher plus intensivement cette voie commerciale, ce qui fait que vers les années 1809 on pouvait y circuler en wagons et vers 1816 l'armée s'en servait de plus en plus comme route militaire. Mais en plus, le sentier, victime de son propre succès, a également amené des hors-la-loi le long du parcours. Ce fut en quelque sorte un "germoir" pour le banditisme, les joueurs, les prostituées et les ivrognes. Par conséquent, les gens se sont mis à éviter le sentier. De plus, comme le sentier longeait les rivières Cumberland et Tennessee ainsi que le fleuve Mississippi le long de son parcours, les bateaux à vapeur et à aube se sont pointés et ont favorisé le déclin du sentier qui est devenu désuet pour ne plus être utilisé vers les années 1830. Le sentier s'est mis à disparaître lentement retournant à son état sauvage de 1700.

En dépit de sa brève durée de vie, le sentier (trace en anglais) a rempli une fonction essentielle du développement des régions tout le long de son parcours. C'était le seul lien fiable (au début) et avantageux pour faire passer les marchandises du nord aux ports marchands de la Louisiane. De plus, ça a amené des prédicateurs, surtout méthodistes, mais ce ne fut pas long que protestants, baptistes et presbytériens se sont ajoutés. À la différence de son développement physique, le développement spirituel lui a commencé du sud au nord.

Bon... revenons à aujourd'hui... C'est beau, c'est tranquille et il fait beau. Tout le long de cette route, il y a des endroits d'intérêts plus ou moins intéressants et on s'y arrête au gré de nos désirs. C'est ainsi qu'on prend nos photos au Cypress Swamp, que nous visitons le French Village (le resto du minuscule village est l'ancienne demeure d'un chef indien qui y a vécu jusqu'aux alentours de 1976) et qu'on décide de coucher au Davis Lake où l'on campera 2 nuits. Superbe belle place, fort bien aménagée sur le bord du lac Davis, évidemment. Tout le long du parcours, on y trouve des petits attroupements de dindes sauvages, des forêts de cyprès et même des champs de coton. C'est beau mais, pour moi en tout cas, c'est ordinaire (j'vais sûrement déplaire aux inconditionnels de la Natchez) et plusieurs endroits sont ce que j'appelle des attrape-touristes. Ils mettent une plaque commémorative devant un champ, une butte ou un sentier et nous rappelle le passé. Mais ces trucs, moi, ne m'intéressent guère. Par contre, je dois avouer que ça fait du bien d'avoir une route calme contrairement aux autoroutes remplies de gros camions de transport. Mais à la longue, je trouve ça long...

Nous faisons également un bref arrêt à Tupelo, - ville où est né Elvis Presley - et on visite le petit "sanctuaire" érigé en son honneur. On y voit la maison de son enfance (on s'est assis dans sa balancelle - lolll) et un petit jardin avec en son centre un bronze de lui à l'âge de 11-12 ans. Il y a également un musée mais il était fermé lors de notre passage (dimanche oblige); on s'est donc contenté de lire les écriteaux sur le wall of fame.

Sur cette route, on fait un autre arrêt au Meriwether Lewis Campground (sans service mais bien) le soir du 1er avril. J''ai été quelque peu déçue de ce chemin tant vanté... peut-être parce que justement je m'attendais à plus que ça. Ce n'est pas que c'est désagréable de circuler sur cette voie, on l'on ne peut pas rouler plus de 80km/hre, mais j'ai trouvé le voyage long. Peut-être aussi n'avions-nous pas pris la bonne section entre la Louisiane et le Mississipi. Je ne saurais le dire...

Le lendemain on se retrouve à Nashville au Tennessee où nous prenons un camping "de luxe" au Jellystone Park Ground (vous vous souvenez de Yogi l'ours, une BD d'il y a plusieurs années ?). D. & N. sont venus ici en décembre en se rendant à Mission rejoindre la caravane et ils veulent partager avec nous le prestigieux Gaylord Opryland's Convention Center. Attendez de voir... c'est tout à fait époustouflant (comme dirait l'annonce des tostitos- lolll). Mais vous n'aurez qu'un tout petit aperçu...

Avant, un mot sur cet hôtel gigantesque... l'hôtel a 2881 salles d'invités dont certaines ont des balcons qui donnent sur la cour intérieure, un hall d'entrée de 289,000 pieds carrés, quatre salles de bal de 4, 18, 20 et 55,000 pied carrés respectivement et je vous passe les détails architecturaux pour le reste. C'est plein de jardins, de fontaines, de cascades dont l'une est couverte d'un arc de verre, deux chutes d'eau artificielles, de restaurants, etc... et tenez-vous bien... un "fleuve" (voie d'eau artificielle) mesurant un quart de mille (400 mètres). Moyennant quelques dollars, on peut prendre le delta flatboat pour une petite excursion guidée. Petite anecdote concernant ce fleuve artificiel: quand ils ont voulu remplir ce bassin d'eau, on a récolté plus de 6,000 bouteilles d'échantillons d'eau provenant de tous les fleuves du monde y compris chaque fleuve enregistré aux États-Unis et on a versé ces bouteilles dans le delta artificiel. Curieusement, l'extérieur est relativement fade, comme un gros complexe longitudinal de grosses briques mais tout est enclavé à l'intérieur. De toute beauté !

Think big n'est-ce pas ?

Le 3 mars on se remet à manger de l'asphalte mais plus on avance et plus il fait froid et mauvais. On a même dû changer une partie de ce trajet pour éviter une tempête de neige qui sévissait. Et plus on monte, plus on gèle...c'est que nous ne sommes pas équipés pour faire du boondocking contrairement à D. & N. et ça fait 7 jours que nous fonctionnons sur nos batteries. C'est bien certain qu'on a du chauffage au gaz dans la FW mais la soufflerie, elle, fonctionne sur les batteries quand il n'y a pas d'électricité.

Arrêtés à l'heure du dîner dans un petit FlyingJ la journée du 7 avril, après discussion et d'un commun accord, on se sépare de D. & N. car eux, ils veulent coucher là et entrer au Québec qu'après Pâques, ce qui n'est pas notre cas. Étant donné les mauvaises conditions et le fait qu'on gèle... on dîne et on décide de monter le plus loin que notre fatigue nous mènera. Et c'est ainsi qu'on se retrouve à traverser les Adirondaks sous des averses de neige fouettées par le vent. On se prend donc un motel à Plattsburg car il est maintenant 18h. Une bonne douche à l'eau très chaude est bienvenue. De plus, il y a un micro-ondes dans la chambre... super... je vais chercher un plat congelé dans la roulotte et ops... notre souper de Pâques - lolll. On peut relaxer en regardant la télévision et à la chaleur. Fait du bien après 4 nuits à geler malgré les 4 couches de couvertures et le gros sleeping d'André.

Le lendemain, le 8 avril, Jour de Pâques on arrive à la maison de St-Damien vers midi. Heureusement car ici aussi il faut s'organiser. D'abord tenter de stationner la roulotte dans le drive-way car il a neigé ici aussi, of course... impossible de reculer, la boîte de rangement en arrière du pick-up entrave la manoeuvre. On est obligé de l'enlever, on essaie encore de reculer mais en vain... finalement mon homme ira la porter au bout du petit chemin le temps qu'on dîne et la stationnera du mieux qu'il peut au bout de notre terrain. De plus, on a bien peur de "voir les dégâts" à la maison car on a baissé le chauffage au minimum et la tuyauterie fut complètement vidée, même le réservoir d'eau chaude. Espérant maintenant que la pompe veuille bien repartir car nous avons un puits de surface. Heureusement, il ne fait pas trop froid à l'intérieur car le soleil réchauffe la maison et la pompe a bien re-démarrée. Enfin installés !!!

 

Épilogue

Ce voyage fut une très belle expérience, une première, nous qui sommes habitués à voyager seuls. L'organisation de cette caravane est irréprochable si ce n'est que quelques détails mineurs... surtout ce qui a trait aux restaurants et la difficulté de se faire servir en raison du trop grand nombre de personnes pour la capacité de service des mexicains et également les déplacements à 22 véhicules (même divisé en deux groupes de 11) ce qui est insécurisant pour certains caravaniers non habitués. Rien de majeur et tout peut être corrigé sans aucun problème avec la bonne volonté de la direction et la patience et tolérance du groupe. Faut bien comprendre que voyager en solitaire et en groupe c'est deux choses bien distinctes et il faut faire preuve de compromis autant d'une façon que de l'autre.

Par contre, les endroits à visiter sont bien planifiées à l'exception de 2-3 mais ça ce n'est que ma vision car faut comprendre qu'un organisateur de caravane se doit de satisfaire tous les goûts. Moi qui n'aime pas le magasinage j'aurais bien "sauter" 2-3 places... par contre pour d'autres qui aiment c'est bien correct aussi. Même chose pour les restaurants... certains auraient préférés moins de repas à l'extérieur (même s'ils étaient "libres" mais nous étions quand même partie prenante d'un groupe) tandis que d'autres n'en n'ont pas eu pour leur goût ! Un autre inconvénient c'est, comme je disais, de plaire à tous et d'essayer de tout voir, sous différents aspects. C'est ainsi que le fait de se déplacer en autobus avec un guide peut dans certains cas être un gros avantage, mais ça a aussi l'inconvénient de nous limiter dans nos visites car déambuler dans les rues en groupe de 44 personnes limite grandement les déplacements. J'aurais aimé pouvoir marcher plus souvent seule, ou à 2-3 couples sans plus. Considérant un horaire chargé et limité quand même, certaines visites des villes ont été faites le soir. C'est intéressant mais en autant que tu as pu visiter de jour également, ce qui n'a pas été toujours le cas. Mais tout ça, fait partie d'un voyage de groupe et il faut s'en accomoder ! Chaque manière de voyager a ses forces et ses faiblesses. À nous de savoir ce que l'on veut dant telle ou telle circonstance.

Mais en dehors de ces petites contrariétés, fort normales, le fait de voyager avec du monde est une expérience hors du commun et j’ai très bien apprécié. Il se forme des petits groupes, soit par la promiscuité de nos VR sur le camping soit par nos goûts et par notre mode de vie. Nous étions cinq couples à se voisiner plus ou moins régulièrement. Certains jours on sort avec un couple, le lendemain avec un autre et le soir on se retrouve chez l’un ou l’autre à se raconter nos journées. C'est vraiment intéressant de pouvoir échanger avec tous et chacun. C'est une atmophère que j'ai bien appréciée et que je n'hésiterais pas à refaire. En fait, on devrait pouvoir faire les deux (solo et groupe) pour obtenir le meilleur des deux mondes - lolll.

Le fait d'être nombreux n'a pas toujours des inconvénients non plus. C'est ainsi que l'organisateur peut se voir accordé des privilèges qu'un seul visiteur ne peut pas avoir comme la visite d'ateliers, une hacienda ou autre... des petites surprises comme les mariachis et leurs porrons, des 5 à 7 au champagne ou au vin ou un déjeuner au son d'une violoniste - lolll. Un autre aspect est la sécurité, on n'est jamais seul si notre équipement vient à faire défaut ou que l'un de nous est blessé comme ce fut le cas pour notre ami N.

Ce que je retiens... le plaisir, la complicité, le partage, l'entraide, une ambiance conviviale et dynamique. Rien n'a cloché dans le groupe. S'il y a eu des accrocs ce fut de façon individuelle et rien, absolument rien, n'a transpiré sur l'ensemble des caravaniers.

Un immense merci à nos chefs de caravane et nos serre-files... tous des gens dévoués, disponibles et fort sympathiques.

Une autre expérience fut le retour... loin des gros groupes, nous avons partagé le voyage du retour avec d'abord 5 couples où nous avons mis à profit notre peu d'expérience en tant que "chef de caravane" et/ou "serre-file". Par contre, en sortant du Mexique, on a voyagé à deux VR. Là aussi on apprend à se connaître et à savoir ce qui nous plaît et ce qui nous affecte indépendamment du couple qui nous accompagne. D. & N. étaient d'excellents voyageurs, souples et attentifs à l'autre couple. Rien à redire, ils étaient tout simplement merveilleux !

Par contre, pour notre part et parfois au détriment des autres, nous aimons un horaire fixe, nous aimons également voyager tôt dans la journée pour éviter trafic et chaleur (ce que la caravane nous donnait), s'arrêter vers l'heure du souper en ayant fait passablement de route pour ne pas étirer le retour inutilement (de notre point de vue, bien sûr) et on aime se coucher très tôt. Par le passé, il nous est arrivé de nous réveiller à 4 heures du matin et de décider de partir. C'est impossible quand tu es avec un autre couple. Donc, voyager avec nous - ou nous avec les autres - demande une souplesse et un effort d'adaptation (de part et d'autre) que nous ne sommes pas toujours prêts à faire, du moins de façon constante pendant un mois quand on est en vacances ou à la retraite où les contraintes sont de moins en moins "tolérables" !

Donc, à cet égard... ça nous a permis de savoir ce que nous étions prêts à accepter - ou pas - pour avoir le plaisir, la joie et une certaine sécurité de voyager avec autrui dans un prochain avenir.

Sur ce... je vous laisse sur une photo qui en dit long sur notre bonheur d'avoir vécu cette expérience...

Si tout va bien cet été, on repart en novembre 2007 pour le Mexique, encore une fois. On veut faire le voyage que nous avons manqué quand André est tombé malade en 2005, soit le Grand Tour du Mexique. On a l'intention d'entrer par Matamaros pour descendre tout le long de la côte-est, en passant par Veracruz, Campeche, Cancün, Riviera Maya, Chiapas et passer un peu de temps à Puerto Vallarta pour ensuite remonter toute la côte-ouest comme dans le présent récit pour sortir à Nogalès en espérant cette fois que le Copper Canyon sera au rendez-vous.

Serez-vous des nôtres ? Alors je vous dis à l'année prochaine pour un autre récit de voyage...

En attendant... Hasta Luego...et au prochain voyage, hiver 2007-08

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